Chap 1 : Petites superstitions de couturière.

Publié le 26 octobre 2025 à 16:00

On raconte qu’il y avait autrefois, au fond d’un petit atelier qui sentait la lavande et la cire d’abeille, une couturière nommée Lise. Toujours vêtue d'un longue jupe rapiécée de différents tissus, tout sur elle, comptait une histoire aux milles péripéties...

 

Elle cousait plus de rêves que de vêtements, disait-on.
Ses doigts dansaient sur les tissus comme des papillons, et chaque point semblait porter un secret.

Lise ne cousait jamais sans ses rituels; de petites habitudes qui faisaient sourire les voisins mais rassuraient son cœur.
Elle disait que la couture : "C'est un peu de magie, un peu de patience et beaucoup de superstition!"

Par exemple, dans un tiroir, qui grince et sent le vieux tabac oublié, Lise gardait un fil rouge, enroulé avec soin autour d’un petit morceau de bois trouvé lors de sa balade dominicale.
“Le fil du bonheur,” murmurait-elle.
Elle en glissait parfois un brin dans la doublure d’une robe, ou à l’intérieur d’une manche, pour porter chance à celle qui la porterait.
Les clientes repartaient en riant, sans savoir qu’elles portaient sur elles un petit charme discret.

 

Ses boutons, eux, véritable armée de lutin chanceux, étaient de toutes sortes : nacrés, dorés, en bois ou dépareillés.
Certains, disait-elle, non, tous! avaient une âme.
Comme un personnage qui entre en scène, prêt à voyager et voir du pays; trônant fièrement sur sa toile de coton.
Elle choisissait toujours le dernier bouton avec attention, persuadée que c’était lui qui “gardait” le vêtement.
“Un bouton heureux, c’est une couture solide !”
Elle adorait chacun d'entre eux.
Mais sur sa table trônait un petit bouton fétiche, trouvé un jour de pluie, qu’elle gardait toujours à côté d’elle.
A l'occasion, une apprentie osa lui demander pourquoi.
Lise répondit avec malice :

“Parce qu’il m’écoute quand le fil s’emmêle.”

 

Quant à ses aiguilles, elles avaient chacune un nom.
Elle les rangeait dans un coussin brodé, qu’elle appelait “le jardin des piques”.
Si par malheur, une aiguille tombait, elle murmurait aussitôt :

“Qu’elle perce le sol, pas mon destin.”
Et la récupérait avant que le chat n’en fasse son jouet.
"Eh bien oui! ce n'est pas un champ de mine ici, plutôt un atelier" s'écriait elle en souriant, à Carcasse, sont chat à trois pattes.

 

Lise aimait aussi parler des tissus : certains étaient doux comme des promesses, d’autres raides comme des serments.
Elle disait que le lin portait la vérité, la soie la ruse, et le velours… les secrets des rois.
Parfois, elle fermait les yeux pour choisir le prochain tissu : “C’est lui qui me choisira.”

Et avant de commencer une nouvelle création, elle allumait une petite bougie blanche, soufflait doucement sur le tissu, et commençait toujours… par le côté gauche. Comme une cartomancienne aguerri.
Elle disait que c’était “le côté du cœur!” tout en tapotant sa poitrine d'un geste tendre et rassurant.

 

Son moment favoris, après celui des boutons, était celui ou un vêtement s’abîmait, elle le reprenait avec tendresse.
Raccommoder, pour elle, c’était recoudre la vie. Un peu comme un mercurochrome que l'on pose sur le genoux éraflé d'un enfant téméraire. Ou comme retrouvé un vieux copain, perdu de vue, autour d'un verre en écoutant ses déboires amoureux.
“Chaque point est une seconde chance,” disait-elle en tirant le fil avec douceur.

Une pièce, une couture et hop c'est reparti pour toute une vie!

 

Aujourd’hui, son atelier n’existe plus, mais on dit que si l’on prête bien l’oreille, on peut encore entendre le chuchotement de son aiguille dans le vent.
Et parfois, lorsqu’un bouton tient un peu trop bien, ou qu’un fil refuse de casser, c’est peut-être Lise, la couturière aux superstitions, qui veille encore sur nos points.

 

J'espère, chers/eres lecteurices, que cette pause café vous aura plu.

Bien à vous.
Votre chroniqueuse au fil encré.
A dimanche prochain.

 


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